Quelques mots-vitæ
By Jean-Jacques Pleutre (1996)

Parlons peu, mais parlons de lui.

Charlzes T. Diggles est chauve clair. Il est né en 1957 à Maisons-Laffite (78) et porte des lunettes. Il a exercé tous les métiers. Sauf ministre, comptable et dompteur de tigre.
Pour résumer, disons qu’après de longues et cruelles études aux Beaux-Arts de Paris (France métropolitaine), il est employé comme colleur d’affiches par une petite entreprise de publicité agricole. Il est chargé de tapisser les murs des hangards et des maisons perdues. Une expédition solitaire de plus de six-mille kilomètres au milieu de nulle part, sur les terres glacées d’un autre âge, qui le conduira non loin de Culmont-Chalindrey. Il couvre ainsi une grande partie du quart Nord-Est du territoire, où il est confronté à des climats terrifiants. Les conditions sont rudes. Des brouillards pénétrants se glacent en tombant et les balais à colle se fendillent comme du verre. La colle elle-même se cristallise et se fige dans l’atmosphère. On colmate au burin, ou avec des matériaux de fortune. Les annonceurs s’arrachent les cheveux et piétinent leurs chapeaux en poussant des cris rauques.

Pourtant, les rognures de cuir et les granulés d’os sont d’excellents subsituts aux colles industrielles. Le résultat est souvent déconcertant. Mais il faut bien connaître les arts pour se représenter la chose. Malgré le froid et la tourmente. Le spéculateur agicole perd des sommes astronomiques, en même temps que des morceaux de raison et des petits bouts de cuir chevelu. Dans ces régions reculées, les températures atteignent rapidement des degrés extrêmes en dessous de zéro. Le plus souvent les esprits se coagulent et les camionnettes restent soudées à l’asphalte. Il est conseillé d’attendre le dégel du gasoil avec une cagoule en laine et des moufles épaisses.
On voit par là combien les chemins de la Création sont hostiles et chevrotants.

Aussi, quelques petites expositions plus tard, Charlzes T. Diggles se consacre entièrement au dessin de presse pour feu le magazine 7 à Paris et autres titres décousus, puis devient vendeur-caissier au Château de Versailles, où il rédige sa première pièce de théâtre (Tiens ! on a sonné…), ainsi que quelques sketches pour la télévision française. Résumons-nous : tout va très vite.
Et inversement.
Les voies du Destin sont hasardeuses et chaotiques.

Aujourd’hui âgé de 49 et 57 ans (ça change tout le temps), il lui arrive encore d’écrire un peu. Bien au chaud. Malheureusement, il boite d’un bras, ce qui est un lourd handicap dans un milieu où abondent prédateurs et concurrence. Ses influences sont nombreuses, et il n’hésite pas à utiliser les procédés de ses semblables pour se faire remarquer. Ce qui ne le dérange guère plus que de porter la même coiffure que bille en bois ou le docteur Muller. Il ne cherche pas à inventer, ni à composer, ni même à découvrir, simplement à bavarder un peu en attendant le dernier train pour l’Absolu (6h43).

Cependant, sa production est d’une prodigieuse fortune. Capable de se noyer dans un projet jusqu’à plus soif, on raconte qu’un jour où il tentait une leçon de natation entre deux ouvrages, il fut retrouvé sain et sauf, à trois mètres des côtes Méditerranéennes, les pieds dans l’eau jusqu’aux genoux : il apprenait à avoir pieds. Aujourd’hui, longer le rivage ne lui fait plus peur que de mal.
Et il peut mettre la tête sous l’eau jusque là.
Des fois jusque là aussi, mais moins.

Il ne fait pas de doute qu’à sa mort il lèguera son corps aux jardiniers et on en restera là.
Mais peut-être pas.

Jean-Jacques Pleutre
 
 

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